Agir avec malveillance dans l’obscurité
07 October 2021

by Helen Tindall and David Bell

L'(in)humanitaire en Asie du Sud-Est à l’ère de la COVID-19

Humanitaire : « une personne impliquée ou liée à l’amélioration de la vie des gens et à l’apaisement de la souffrance ».
~ Cambridge English Dictionary.

Santé : « est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
~ Constitution de l’Organisation mondiale de la santé, 1946.

Au cours des 18 derniers mois, les plus grandes agences humanitaires de la planète ont troqué la fourniture d’appuis cruciaux par l’obsession pour un seul virus. Cela provoque des conséquences de plus en plus dévastatrices pour les plus pauvres du monde, qui comptent sur ces puissantes organisations pour défendre leur droit à la santé et, souvent, leur accès matériel aux soins sanitaires et sociaux. La pauvreté abjecte a atteint des niveaux mortels. Les communautés sont impuissantes et sabotées par une focalisation obsessionnelle sur la COVID-19 qui se manifeste par des politiques de confinement et désormais, par la vaccination forcée. 

Les organisations humanitaires mondiales sont bien conscientes que les principaux déterminants de la santé et de la mortalité sont le revenu, la sécurité alimentaire, les opportunités d’éducation et l’accès aux soins de santé. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les organismes donateurs nationaux et les organisations philanthropiques privées, telles que la Fondation Bill et Melinda Gates, soutiennent avec enthousiasme les mesures de riposte à la pandémie, celles qui, de par leur conception, ont un impact négatif sur ces leviers de la santé. Abrogeant les directives pandémiques antérieures, les confinements ont un impact disproportionné sur les plus pauvres de la société. La vaccination de masse, plutôt que les programmes ciblés, aggrave ce préjudice, détournant davantage de ressources des maladies qui imposent des fardeaux de morbi- et mortalité plus élevées. 

Ces méfaits se produisent durement dans les pays asiatiques et africains, qui ont des charges de COVID-19 relativement faibles et des gouvernements notoirement autoritaires. Du côté des bénéficiaires se trouvent des individus, des familles et des communautés que les principales institutions prétendaient autrefois soutenir. Ces politiques affectent des centaines de millions de personnes – mais cet impact est mieux compris à travers les histoires d’individus qui ont été abandonnés. En voici quelques-unes issues d’Asie du Sud-Est:

Morts de désespoir

Dans les rapports personnels des contacts impliqués dans les communautés locales, les décès attribués à la Covid-19 se voient interdire une cérémonie funéraire. Peu de crématoires sont disposés et autorisés à recevoir des corps étiquetés comme tels. Les familles paient des sommes exorbitantes en espèces pour que la Covid-19 soit retirée comme cause de décès, afin de pouvoir faire leurs adieux de manière appropriée à leurs proches. Ceci mène à l’exploitation par tout médecin ayant une propension au profit dans les moments difficiles, au sein de systèmes déjà plongés dans des pratiques corrompues. Il a été observé que jusqu’à six personnes en combinaisons de protection contre les matières dangereuses accompagnaient souvent un corps, dont seulement deux manipulant le corps, mais toutes les six étant rémunérées pour leurs services. 

Les communautés ont été déresponsabilisées par les ordres qui leur enlèvent fréquemment leurs moyens de survie. C’est un phénomène bien connu que les jeunes se suicident dans les communautés démunies – comme l’a décrit Sir Michael Marmot. Les suicides, comme de nombreux autres maux, sont mal signalés et souvent anecdotiques. Alors que les taux signalés augmentent dans certains pays, dans d’autres, les données doivent être rassemblées à partir des histoires sur le terrain. 

Lorsqu’une entreprise de subsistance est interdite, il n’y a pas de réseau social – tout est perdu. Dans l’un des pays où Helen a vécu et travaillé pendant huit ans, dont trois ans avec des agences de santé gouvernementales et non-gouvernementales locales, tout en faisant du bénévolat dans des communautés pauvres, elle n’avait jamais eu connaissance d’un seul cas de suicide. Pendant une semaine en juin 2021, trois cas de suicide chez les jeunes hommes, dont deux réussis et une tentative, ont été signalés par des amis. Quelques semaines auparavant, le corps d’un jeune homme retrouvé pendu à un arbre n’avait pu être remis à sa famille tant que l’équipe en charge de la Covid n’était pas arrivée pour lui introduire un écouvillon dans le nez. Ce n’est qu’après la connaissance du résultat négatif du test rapide que sa famille a été autorisée à accéder au corps et à organiser les funérailles.

Supprimer l’accès à la santé vitale

Dans une autre communauté, « Matt », 25 ans, séropositif avec une tuberculose résistante aux médicaments, ne pouvait plus accéder à ses médicaments, un problème prédit par les organisations mondiales supervisant la gestion du VIH/SIDA et de la tuberculose. Pendant plusieurs mois, Matt est devenu émacié et malade. Lorsque sa maladie est finalement apparue suffisamment urgente pour qu’il accepte de demander des soins, lui et sa sœur ont été refoulés de plusieurs établissements de santé « à cause de la Covid ».

Supprimer l’accès à la nourriture

Dans les pays pauvres, les décès liés à la malnutrition surviennent, dans le meilleur des cas, en raison de la pauvreté profonde. L’insécurité alimentaire catastrophique augmente à travers le monde selon l’Organisation des Nations Unies, les confinements et les perturbations ayant poussé 118 millions de personnes supplémentaires dans de graves pénuries alimentaires. Les décès dus à la malnutrition frappent les communautés les plus pauvres qui vivent de revenus quotidiens et de marchés informels. Avec les confinements, ils n’ont plus les moyens d’assurer leur survie. 

Sam et Mary, la soixantaine, vivaient dans une hutte de fortune au sol en bambou et comptaient sur la récupération de légumes à vendre le long de la route. Alors que les confinements imposaient des quarantaines strictes à domicile, ils ont perdu leur capacité à trouver suffisamment de nourriture pour survivre. La faim les a lentement dévorés jusqu’à un matin de juin 2021, où Mary ne s’est pas réveillée. Leurs enfants, qui vivaient à proximité, ont emmené son corps au temple délabré local pour organiser la crémation. Comme l’incinérateur était irrémédiablement cassé, ils ont donc été refoulés et incapables de trouver une solution alternative abordable. À leur retour à la maison avec le cadavre de Mary, leurs enfants ont été confrontés au cadavre de Sam. Ils ont été contraints de contracter un emprunt pour payer un terrain d’enterrement et sont désormais endettés pour les années à venir.

Abandonner les personnes âgées

Protéger les personnes âgées est le mantra de la pandémie. Mais cela n’a pas protégé Jack. Octogénaire, Jack est cloué au lit avec la goutte et des maux de dos, glissant dans l’inconscience. Aucun hôpital n’autorise sa famille à y rester et à le soigner, comme cela est nécessaire dans ce pays, et les médecins n’effectuent pas de visites à domicile « à cause de la Covid ». Des fils de fer barbelés ont été utilisés pour barricader les gens dans les quartiers, empêchant ainsi les déplacements. Ses filles adultes ont dû abandonner leur propre famille pour pouvoir s’occuper de lui à la maison. Jack, maintenant avec des escarres malgré leurs efforts, reste abandonné par le système de santé de l’État à la demande de l’OMS.

Déplacer le blâme

Attribuer un préjudice sociétal « à la Covid » est une fausse prémisse. Ce n’est pas « la Covid » qui empêche l’accès aux soins, pas « la Covid » qui ferme les marchés, pas « la Covid » qui ferme les écoles, et pas « la Covid » qui affame les gens. Le virus à l’origine de la COVID-19 tue moins de 3 personnes pour mille infections et affecte rarement les jeunes. Dans de nombreux pays à faible revenu, la plupart des gens sont maintenant probablement immunisés. C’est la riposte – les confinements – qui a empêché les gens ordinaires à très faible risque de COVID-19 de vaquer à leurs activités normales. Une riposte qui va complètement à l’encontre des directives pandémiques précédentes et qui regorge d’ordres inhumains, mais que les «humanitaires» ont poussés avec véhémence.

Qui sont ces humanitaires?

Les qualifications et l’expérience du personnel varient considérablement et sont parfois en contradiction avec les postes qu’ils occupent dans les pays pauvres. Leur éducation occidentale est tenue en haute estime, peu importe à quel point elle est inappropriée aux contextes locaux. 

De nombreux membres de personnel expatrié des organisations humanitaires dans les pays pauvres mènent une vie de luxe, bien au-delà de ce qu’ils pourraient se permettre dans leur pays d’origine. De grandes maisons dans les meilleurs quartiers, une aide domestique bon marché et l’accès aux établissements sociaux chics sont monnaie courante. D’autres ont élu domicile dans des quartiers pittoresques, grâce aux budgets d’aide des contribuables. Ils mènent une vie subventionnée, séjournent dans des hôtels chics et voyagent en classe affaires. Ces privilèges devraient s’accompagner de responsabilités. Au strict minimum, leur principe directeur devrait être « ne pas nuire ». 

Les gens rejoignent généralement ces organisations avec de bonnes intentions. Cependant, leurs idéaux sont émoussés car ils deviennent les rouages d’une machine, «piégés» par des conforts tels que les subventions à l’éducation des enfants et l’accumulation de pensions, des charges que la plupart souhaiteraient partager. Mais ils voyagent, ils voient, et ils savent ce qui cause la souffrance et la mort.

Notre appel aux humanitaires

L’adoption de mesures de santé publique de qualité nécessite d’examiner les bases probantes plutôt que de simplement se conformer à l’autorité. Lorsque les employeurs agissent dans l’ignorance apparente de principes de base tels que « d’abord ne pas nuire », en instituant des politiques qui promeuvent la malnutrition de masse, les inégalités, le risque accru de mariage d’enfants et de traite des êtres humains, le silence de leur personnel est inacceptable. Ce silence signale leur collaboration et leur obtempération équivaut à la culpabilité. 

Les principes humanitaires consistant à fournir une assistance vitale avec compassion, impartialité, neutralité et indépendance sous-tendent le travail de ces organisations depuis des décennies. Nombreuses sont celles qui revendiquent le plaidoyer et la justice sociale comme principes fondamentaux. Les « plans pandémie » fondés sur des bases probantes exposaient clairement les interventions utiles et humaines, rejetaient celles considérées comme inefficaces ou nuisibles, et mettaient l’accent sur l’éthique. En 2020, ces principes directeurs et plans ont été brutalement abandonnés au profit d’une approche totalitaire, poussée par les riches occidentaux et ignorant les données locales. Une approche néo-colonialiste qui enrichit les riches locaux. La famille de Jack fait maintenant face à la police de l’État qui fait du porte-à-porte pour exiger qu’au moins un membre du ménage se soumette à la vaccination « COVAX » de l’OMS – dans ce qui ne peut être décrit que comme l’abandon définitif des principes de base de l’OMS concernant la participation communautaire aux soins de santé. 

Qui ces politiques de confinement sont-elles censées aider? Pas les personnes âgées vulnérables. Pas leurs enfants ou petits-enfants. Ils ont tous besoin de manger, d’accéder aux soins, de travailler pour assurer leur avenir. Les principes désormais abandonnés de la liberté de choix et d’une vision holistique de la santé ont sous-tendu la formation de l’OMS et des organisations humanitaires modernes. Afin de commencer à reconstruire la crédibilité et la confiance, les individus au sein de ces organisations mondiales devront reprendre conscience et se rappeler pourquoi ils sont là.

Photo by Fernando @cferdo on Unsplash

Publisher’s note: The opinions and findings expressed in articles, reports and interviews on this website are not necessarily the opinions of PANDA, its directors or associates.

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